Que l'on aille au rez-de-chaussée ou au premier étage de la salle Sainte-Barbe, ce qui stupéfait le badaud, c'est le silence qui y règne. Face à lui, des personnes attablées, parfois la tête entre les mains, ne faisant aucun bruit outre celui d'appuyer tour à tour sur le contacteur de leur horloge digitale. Bienvenue dans l'ambiance feutrée de l'open d'échecs de Sélestat.
C'est donc une sorte de compétition sans le son à laquelle on assiste. Ce qui ne l'empêche pas d'être prenante. On s'arrête ainsi très rapidement devant une terrible bataille où la reine noire s'empare d'un cavalier blanc qui menaçait son roi avant qu'elle ne soit défaite par un fantassin, simple pion : sacrifice d'une pièce maîtresse parfois nécessaire, souvent stratégique. Chaque mouvement pouvant faire basculer la partie, pas un coup n'est porté avant d'être pleinement réfléchi.
« On ne s'en rend pas compte, mais le niveau de jeu développé dans ces petits tournois est beaucoup plus important que, par exemple, lors d'un match du Racing », fait remarquer Claude Martin venu aujourd'hui accompagné ses trois fils Damien, Tristan et Cédric. Il ne s'agit pas de comparer football et échecs, bien sûr, mais de comprendre qu'ici, des grands maîtres de niveau international se rencontrent. Un peu comme si des joueurs du Real de Madrid venaient disputer des matchs de la LAFA...
Des maîtres et
des grands maîtres
« Nous avons des maîtres et des grands maîtres letton, bulgare, allemand, ouzbek et ukrainien, cette année, énumère Rachid Heddache, organisateur de la compétition. Nous avions une forte concurrence : il y avait 13 tournois en France pendant cette semaine, dont un à Nancy, ce qui fait qu'aucun Lorrain n'est venu. L'an dernier, nous étions 214, là, 184, surtout des juniors ».
Car une compétition d'échecs comporte sa part d'émulation. « C'est un grand brassage. On trouve des adultes faibles face à des enfants forts. Ma fille de 9 ans a joué face à un homme de 35 ans et a gagné ». La plupart du temps, la pyramide des âges est respectée. Ainsi Yannick Heupel battra-t-il la poussine Julie Fischer âgée de 6 ans. Non sans étonnement. « Elle m'a assez épaté. Jusqu'à la fin, elle a cherché le pat », c'est-à-dire la partie nulle. Et il n'a suffi que d'un pion pour faire la différence, comme il le lui montrera, la partie une fois achevée.
Refaire sa partie, « refaire le match » est chose courante. Une salle d'analyse a même été prévue à cet effet au deuxième étage. Ici, on rejoue chaque coup, afin de voir l'erreur fatale tout en grignotant un morceau. Quant aux plus acharnés, histoire de lâcher la pression, ils montent encore quelques marches pour se retrouver dans une atmosphère enfumée à jouer... aux échecs. Cette fois en blitz, en un temps très limité (en l'occurrence 2 mn chacun). Mais cette obsession du jeu ne doit pas faire croire qu'il manque une case aux joueurs : ils en ont tous au moins 64 !